Augmenter la flexibilité psychologique des thérapeutes

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Quelle est l’influence de la supervision sur la flexibilité psychologique des thérapeutes? C’est la question à laquelle ont souhaité répondre Jason Luoma et Jennifer Plumb-Vilardaga en étudiant les répercussions d’une formation ACT prolongée ou non par un travail de supervision.
Ils ont comparé deux groupes de thérapeutes ayant assisté à un atelier de formation ACT de deux jours. L’un des deux groupes était suivi en supervision par téléphone pendant six séances sur trois mois. L’autre groupe n’était pas supervisé à la suite de l’atelier de formation.

Au final, le groupe supervisé présentait une flexibilité psychologique plus importante, notamment, ces thérapeutes étaient davantage capables de ne pas éviter leurs émotions difficiles lors de la rencontre avec les patients, de mieux se distancier des pensées pénibles apparues au cours de leur travail de clinicien, et plus généralement, de mieux prendre en compte leurs propres ressentis au cours du travail avec les patients.

La flexibilité psychologique du thérapeute revêt une grande importance au cours du processus thérapeutique. Une bonne flexibilité psychologique côté thérapeute permet certainement d’initier plus facilement l’acceptation et la distanciation avec les pensées chez les patients.

Cette recherche pilote n’a malheureusement pas évalué si les résultats thérapeutiques obtenus par les thérapeutes supervisés étaient meilleurs, mais nul doute qu’une telle recherche verra le jour bientôt.

A suivre donc…

Source: Luoma, J.B., & Plumb Vilardaga, J. (2013). Improving therapist psychological flexibility while training Acceptance and Commitment Therapy: A pilot study. Cognitive Behaviour Therapy, 42, 1-8.
(résumé de l’article ici)

3 comments for “Augmenter la flexibilité psychologique des thérapeutes

  1. 23 décembre 2013 at 9 h 01 min

    Merci pour ce résumé Jean-Louis. Cela donne des idées pour les formations futures … Cela serait intéressant de mener une étude comparative entre supervision individuelle et supervision de groupe …
    Maarten, oui, en effet, le fonctionnement du thérapeute fait partie du contexte des comportements du client … La conscience de celui-ci pourrait être un premier pas dans l’observation des transitions contextuelles et comportementales et participer ainsi à l’augmentation de la pertinence des interventions thérapeutiques. On entre alors plus dans un design clinique FACT ici, non ? Encore faut-il que le thérapeute soit conscient … ;)

  2. 23 décembre 2013 at 7 h 29 min

    Merci Jean-Louis.
    Peux-tu dire si, dans les séances de supervision, l’accent était surtout mis sur le fonctionnement des patients, ou sur celui des thérapeutes ? Le texte laisse soupçonner que c’était le dernier.

    Ce qui m’amène à une question annexe et chère à moi. Je sais que dans les TCC et la plupart des thérapies systémiques, on n’est pas très friand d’une thérapie dite « didactique » dans les approches psychodynamiques. Et si je me souviens bien, on s’appuie sur des recherches qui ne montraient pas une amélioration des résultats chez les thérapeutes ayant suivi une telle thérapie (ou coaching) didactique.
    Je peux comprendre cela dans le contexte d’une thérapie plus mécaniste, que l’ACT n’est pas.
    Je crois donc qu’il est grand temps d’une réplication de ces études (sur l’effet d’un « travail sur soi » approfondi), appliqué sur des approches contextuelles. Après tout, le fonctionnement du thérapeute est le contexte du fonctionnement de ses patients, non ?

    • 26 décembre 2013 at 7 h 36 min

      Oui, ces séances de supervision ciblaient la flexibilité psychologique des thérapeutes (« [...]experiential and emotion-focused elements focused on increasing therapist psychological flexibility »].

      Et effectivement, la question d’un travail sur soi revient souvent sur la table des thérapeutes, des enseignants et des formateurs en psychologie/psychiatrie. Je défends personnellement l’idée qu’il est très complexe de développer les compétences supposées importantes dans l’ACT sans les appliquer soi-même. Difficile de parvenir à développer l’acceptation, la défusion, etc sans soi-même essayer de développer ces mouvements de flexibilité. Pourtant, si je considère qu’il est primordial de développer ces compétences en situation professionnelle, je ne pense pas que cela implique nécessairement que chaque thérapeute les applique à sa vie personnelle. Il est évidemment utopique de croire qu’on est radicalement différent dans des contextes différents, mais je pense qu’il s’agit alors d’une autre démarche, que chaque thérapeute peut ou non choisir de réaliser, pour lui.
      En revanche, la relation thérapeutique étant multiple, complexe, et très impliquante pour le thérapeute, je pense que le développement de l’acceptation, de la défusion, etc, fait partie intégrante des compétences que le thérapeute doit chaque fois que possible entraîner. C’est dans ce sens que j’organise mes supervisions : accroître la flexibilité des thérapeutes en situation professionnelle, sans que la supervision ne soit une « thérapie des thérapeutes ».

      Quant à la question du contexte : à l’évidence, chacun de nous représente une part du contexte de tous ceux qu’il croise !

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