De la clinique à la recherche et retour

fleche-aller-retour-encadreDans un récent éditorial pour le Journal de Thérapie Comportementale et Cognitive, j’appelais de mes vœux le retour à une interaction forte entre la pratique clinique et la recherche fondamentale.

Constitutif des TCC, ce dialogue entre recherche et clinique a tendance à s’étioler. Le mouvement qui s’est imposé depuis pas mal de temps en TCC accorde à la recherche une place de validation quantitative de l’efficacité des techniques. Pour le dire vite, des cliniciens mettent au point une méthode ou une technique, et la recherche n’a pour fonction « que » de tester si cette nouvelle technique est efficace ou non, ou si elle l’est plus qu’une autre. C’est bien. Mais on peut faire mieux. Notamment isoler ce qui fonctionne dans les techniques efficaces, c’est-à-dire, tester expérimentalement leurs ingrédients actifs.

Le travail de Mairéad Foody et ses collaborateurs, à propos de la façon dont on peut conduire un patient à prendre de la distance par rapport aux pensées sur lui-même, est à ce titre exemplaire. Ces chercheurs ont choisi de tester expérimentalement quel pourrait être l’ingrédient actif de deux types d’exercices de changement de perspective (dans l’ACT, on conduit de cette façon le patient à s’envisager comme le contexte d’apparition de ses pensées plus que comme ses pensées elles-mêmes).

Les exercices traditionnellement proposés par l’ACT pour atteindre cet objectif correspondent à des mouvements, soit de distinction du sujet vis-à-vis de ses pensées (« vous n’êtes pas les pensées à propos de vous »), soit de hiérarchie entre le sujet et ses pensées (« vous êtes plus que les pensées à propos de vous »). La question posée par cette recherche est de savoir quel processus –de la hiérarchie ou de la distinction– est le plus efficace pour atteindre un changement de perspective sur soi.

Je ne décris pas ici les exercices thérapeutiques comparés ni les résultats de la recherche (qui sont tellement importants pour la pratique clinique qu’ils seront traités pour eux-mêmes dans un prochain article), pour centrer mon propos sur le fait que des chercheurs sont partis de pratiques cliniques, qu’ils ont systématisées de façon à les tester expérimentalement, et sont parvenus à isoler les processus psychologiques réellement efficaces.

Des recherches comme celle de Mairéad Foody et ses collaborateurs permettent de renouer avec la tradition d’exploration des raisons de l’efficacité de nos pratiques cliniques. On ne peut en effet plus se contenter de montrer que nos démarches cliniques sont efficaces, comme le veux la tradition evidence-based dans laquelle les TCC s’inscrivent légitimement. Nous devons également comprendre pourquoi ce que nous faisons marche, afin de systématiser les processus de changement, et de les cibler directement, pour être encore plus efficaces.

L’article complet est disponible en ligne

Foody, M., Barnes-Holmes, Y., Barnes-Holmes, D., & Luciano, C. (2013). An Empirical Investigation of Hierarchical versus Distinction Relations in a Self-based ACT Exercise. International Journal of Psychology & Psychological Therapy,13(3), 373-388.

2 comments for “De la clinique à la recherche et retour

  1. François Delahaye
    12 juin 2014 at 6 h 46 min

    Merci Jean-louis pour cette veille et tes articles. Le magazine ACT se pérennise et c’est bien!
    François

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