Abandonner ses valeurs pour éviter l’inconfort ?

Red_door_8034275659-211x300-150x150Dans un article paru dans le tout nouveau Journal of Contextual Behavioral Science, Nic Hooper et ses collaborateurs ont étudié expérimentalement comment nous en arrivons parfois à délaisser ce qui est important pour nous.

Ils ont présenté aux participants de leur recherche deux photos de portes, et leur ont demandé laquelle ils préféraient. Derrière chacune des portes apparaissait un mot, soit le mot « ours », soit un non-mot (« Rigund »). Les participants avaient pour consigne de ne surtout pas penser à un ours, et de tout faire pour se débarrasser de toute pensée en lien avec l’animal…

Mais chaque fois qu’ils choisissaient leur porte préférée, l’ordinateur faisait apparaître le mot « ours », et ils devaient alors tout faire pour supprimer les pensées en lien avec ce mot.

En d’autres termes, après avoir recueilli les préférences des participants, on faisait en sorte que ce qui les attirait initialement ait également pour conséquence de les contraindre à faire quelque chose d’un peu pénible, à savoir ici, se concentrer pour ne pas penser à un ours. Pas très agréable de savoir que ce qu’on préfère entraîne la contrainte de devoir faire des efforts pour ne plus penser à quelque chose de précis.

Au final, après plusieurs essais, les participants changeaient tout simplement de porte et abandonnaient celle qu’ils préféraient initialement ! En clair, lorsque ce qu’on préfère entraîne une part d’inconfort qu’on essaie d’éviter, on finit par laisser tomber ce qui compte pour soi…

Ce mécanisme est observable en clinique, quand bien des patients privilégient le soulagement à court terme face aux pensées difficiles qui les assaillent, au détriment du bien être que leur amènerait des actions en direction de ce qui compte pour eux. Bien que les valeurs soient sources de renforcement à long terme, elles sont souvent délaissées afin de ne pas subir l’inconfort de devoir se battre contre ses pensées.

L’article complet est disponible ici

Hooper, N., Stewart, I., Duffy, C., Freegard, G., & McHugh, L. (2012). Modelling the direct and indirect effects of thought suppression on personal choice. Journal of Contextual Behavioral Science, 1-2, 73-82.

10 comments for “Abandonner ses valeurs pour éviter l’inconfort ?

  1. Nic
    16 décembre 2013 at 17 h 39 min

    A lovely piece of research indeed ; )

    And a line of investigation that could have large implications if it is followed by further research that employs a clinically relevant paradigm.

    You have the brain for it JL!

    x

    • 16 décembre 2013 at 17 h 56 min

      Indeed, a lovely piece of research, thanks to you dude!

      And thanks to be here to answer questions from our readers.

  2. 16 décembre 2013 at 16 h 47 min

    Je n’ai pas (encore) pu obtenir l’article original, mais je dois te faire un compliment, Jean-Louis, pour ce résumé, dans le sens que je le trouve bien plus appétitif que le résumé officiel…

    J’ai une question: est-ce que les auteurs on fait quelque chose pour renforcer les préférences? je ne pense pas seulement aux renforcements plus classiques, mais aussi en, par exemple, demandant les participants
    « En quoi cette porte-ci est-elle préférable pour vous? »
    Ou quelque chose de ce genre…

    • 16 décembre 2013 at 17 h 52 min

      merci du compliment !

      A ma connaissance, les auteurs n’ont pas choisi de renforcer les préférences.
      Mais je crois que le mieux est de leur demander, Nic Hooper nous lit (à condition qu’on écrive en anglais)

      • 16 décembre 2013 at 18 h 02 min

        Hi Nic, here’s the question I posed earlier on, this time in english :

        « I have a question: have the authors something to in order to reinforce the identified preferences of the participants ?
        I’m not only thinking here of the more conventional reinforcements, but also, for example, asking participants questions such as
        « In what way is this door preferable for you? »

        • Nic
          18 décembre 2013 at 12 h 19 min

          Yea, that is the next step with the study. The participants in the current study had no particular affinity to either of the doors. In the next experiment we need to make the choice something that the participant values. If we can manage to think of an experimental design that does that, then we have gold! If you have any ideas then let me know!

          • 18 décembre 2013 at 15 h 55 min

            OK, let me take the bait and go wild, here, Nic… I have no idea if such a thing is doable, but this is what I’m thinking of.
            Elicit 1) a description of an important value for the subject 2) a description of something that is fun, but nothing more.
            Elicit a fitting metaphor for the « value » and the « fun » – the methodology of « Clean Language » can be very useful, here.
            Have an artist, helped by feedback from the participant, draw a picture that sufficiently fits for this subject (years ago, in the context of a projetc on guided imagery, an artist drew pictures of some of the main apsects of that imagery, and it was a powerful and moving experience to see on papaer what before I had only seen « in my mind’s eye »…).
            When the participant opens one door, he’ll see the « image of the value », the other door will lead him to the « fun-image ».
            Notice which door he choeses later on.
            Then notice if his preferences changes when, the next times he opens the « values-door », he hears a few times the word « bear »…

  3. 16 décembre 2013 at 7 h 47 min

    Merci Jean-Louis.
    Une démonstration géniale et amusante, je trouve.
    Permets-moi, quand-même de jouer un peu l’avocat du diable: en quoi est-ce que la conclusion est étonnante, étant donné que c’est quelque chose que nous observons tous les jours en cabinet et… hélas aussi (au moins, dans mon piètre cas) dans ns propres vies?

    D’ailleurs: Rigund neutre? Je crois que je ne suis pas le seul à immédiatement penser à Sigmund… ;)

    • 16 décembre 2013 at 8 h 02 min

      Ah, ça, c’est sûr ! C’est le propre de la recherche que d’enfoncer des portes ouvertes. Mais scientifiquement !
      (je constate chaque jour que le soleil tourne autour de la Terre. Pourtant, parait-il, c’est l’inverse)

      Rigund fais penser à Sigmund ? C’est tout le problème des associations, elles partent virtuellement dans n’importe quel sens.
      Et maintenant, Sigmund fais penser à « ours » ? :)

      • 16 décembre 2013 at 9 h 09 min

        Je ne sais pas pourquoi,mais je suis en train de penser intensément à l’ours-complexe » ;)

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