Mieux vaut être plus que les pensées à propos de soi

boiteDans la thérapie d’acceptation et d’engagement, comme dans les prises en charge basées sur la pleine conscience, on cherche à obtenir une distanciation d’avec les pensées. C’est particulièrement le cas lorsque le patient est aux prises avec des pensées négatives à propos de soi (« je suis nul », « je suis une mauvaise mère », « j’échoue tout ce que j’entreprends », etc.). Pour atteindre ces objectifs, on dispose de plusieurs exercices qui visent à aider le patient à faire la différence entre qui il est et ses pensées.

La question est de savoir sur quels processus psychologique repose l’efficacité de ces exercices. Bien que cela puisse paraître surprenant pour quiconque ne s’est jamais envisagé sous cet angle, les pensées qui peuplent notre tête ne correspondent pas au « soi ». La meilleure preuve est qu’on peut observer ses pensées, ce qui implique qu’elles ne se confondent pas avec « soi ». Dans l’ACT, on conduit donc progressivement le patient à appréhender le « soi » comme le contexte d’apparition de toutes les expériences qu’il peut vivre, en incluant ses pensées à propos de lui.

Parmi les exercices expérientiels utilisés, certains proposent d’envisager les pensées comme distinctes de soi, comme des événements qui apparaissent à côté de la connaissance sensorielle et perceptive qu’on a de soi. Schématiquement, ces exercices consistent à conduire le patient à observer qu’il n’est pas les pensées qu’il a à propos de lui, par exemple en lui demandant d’observer ses pensées comme s’il était en train de contempler une toile de maître, depuis un point de vue extérieur donc. Dans un autre type d’exercice, on demande au patient d’envisager le fait que s’il peut observer les pensées qui apparaissent en lui, c’est donc qu’il est davantage que ces pensées. On lui propose par exemple d’imaginer qu’il devient si grand qu’il a la place en lui pour accueillir toute les pensées qu’il a eues au cours de la journée.

Dans le premier type d’exercice, il s’agit donc d’établir une distinction entre les pensées et la personne  (« vous êtes autre chose que les pensées à propos de vous »); dans le second type d’exercice, on s’applique à établir une hiérarchie entre le sujet et ses pensées (« vous êtes plus que les pensées à propos de vous »). Deux pratiques cliniques distinctes donc, et une bonne occasion de renouer avec la tradition d’interaction entre recherche et clinique en TCC.

En effet, Mairéad Foody et ses collaborateurs se sont demandés quel processus -de la distinction ou de la hiérarchie- permet le plus de se distancier de ses pensées, et donc, quel processus est le plus efficace en termes de diminution de l’anxiété et du stress quand une critique sur soi apparaît. Ils ont demandé aux participants de leur recherche (des étudiants ne souffrant pas de difficultés psychologiques) de penser à une critique qu’ils s’adressaient souvent à eux-mêmes, puis de l’écrire à la troisième personne du singulier (par exemple « Matthieu est paresseux »), et enfin de lire cette phrase à l’expérimentateur. Puis on proposait aux participants soit un exercice visant à se distinguer de ses pensées, soit un exercice visant à se considérer comme plus que ses pensées.

Les résultats montraient que seul le processus de hiérarchie par rapport aux pensées à propos de soi permettait d’obtenir une diminution du stress et de l’anxiété. Cela signifie que, pour ce qui concerne les pensées qui portent directement sur soi, le fait de se considérer comme leur contexte d’apparition (et donc comme pouvant en accueillir beaucoup d’autres) est déterminant de leurs répercussions émotionnelles. Non seulement nous ne sommes pas nos pensées, mais le Je est bien plus que tout ce qui nous passe par la tête.

A l’évidence, ces résultats changeront nos pratiques, afin de cibler précisément toute métaphore permettant au patient d’envisager qu’il supplante ses pensées, c’est-à-dire que les pensées à propos de lui ne le définissent pas totalement, et qu’il peut donc leur laisser une place, sans nécessairement les combattre.

L’article complet est disponible en ligne

Foody, M., Barnes-Holmes, Y., Barnes-Holmes, D., & Luciano, C. (2013). An Empirical Investigation of Hierarchical versus Distinction Relations in a Self-based ACT Exercise. International Journal of Psychology & Psychological Therapy,13(3), 373-388.

2 comments for “Mieux vaut être plus que les pensées à propos de soi

  1. 16 juin 2014 at 6 h 54 min

    Je me demande si ce « je suis plus que ces pensées » n’est pas lié à « je suis mieux que mes pensées »?
    Il ne me semble pas si improbable que cela que des pensées qui appartiennent au même cadre (ici la cadre hiérarchique) sont liées entre elles…

    Et si cela n’expliquerait pas en partie les résultats de cette étude?

    • 17 juin 2014 at 22 h 39 min

      Une sorte de cadre d’équivalence au sein de cadre hiérarchique?

      Très intéressant, merci Maarten!

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