Recette de la prière de la sérénité

Il arrive qu’on trouve une ressemblance entre l’ACT et la prière de la sérénité, à laquelle se réfère notamment le mouvement des alcooliques anonymes.

Dans cette prière, on en appelle à trouver la grâce d’accepter ce qui ne peut être changé, le courage de changer ce qui peut l’être, et la sagesse de faire la différence entre les deux.

La prière ne dit pas comment faire tout cela, puisqu’il s’agit d’une prière, et renvoie à des abstractions ou à des ensemble de comportements généralement mal opérationnalisés : la grâce, le courage et la sagesse.

Peut-être que les processus thérapeutiques utilisés dans l’ACT concrétisent ces construits abstraits.

Le courage de changer ce qui peut l’être.

Cette partie de la prière de la sérénité renvoie dans l’ACT à l’engagement, c’est-à-dire à l’action en direction des valeurs. Concrètement, qu’est-ce que le « courage » dans ce contexte ? On dit certainement de quelqu’un qu’il a eu le courage de faire quelque chose lorsque cet acte semble entraîner davantage de conséquences désagréables que de conséquences agréables, davantage de punisseurs que de renforçateurs. Le courage consisterait alors à trouver en soi des raisons d’avancer malgré les punisseurs. Dans l’ACT, on cherche à mobiliser des renforçateurs suffisamment puissants pour que les comportements vers le changement puissent être réalisés, bien qu’ils soient aussi sources de souffrance. La force de l’ACT –et plus encore de la théorie des cadres relationnels sur laquelle l’ACT s’appuie- est d’avoir découvert le fonctionnement des renforçateurs symboliques –ce qu’on appelle les valeurs dans l’ACT- et leur importance pour surpasser les conséquences aversives d’un acte, pour qu’il soit finalement réalisé. Au passage, c’est ici que l’ACT se distingue de l’entretien motivationnel : il ne s’agit pas de trouver un intérêt ou un avantage concret à mettre en oeuvre un comportement, mais d’envisager sa portée symbolique, ce qu’il représenterait aux yeux du patient.

Au final, le « courage » de la prière de la sérénité est certainement constitué du caractère renforçant de stimuli symboliques, les valeurs. En travaillant sur les valeurs avec ses patients, la thérapeute les aide à augmenter ce « courage » en percevant davantage ce qui est important pour eux.

La grâce d’accepter ce qui ne peut pas être changé.

Ici, pas besoin de se creuser trop la tête pour voir la ressemblance avec l’ACT, puisque le terme d’acceptation est directement utilisé dans la prière de la sérénité. Il y est adjoint la « grâce ». Il faut d’abord souligner qu’il s’agit dans l’ACT d’accepter non pas ce qui ne peut pas être changé, mais les émotions qui apparaissent en nous. Cela reste quelque chose qui ne peut pas être changé –ou difficilement-, mais la nuance est importante : l’acceptation vise à pacifier les rapports à notre système émotionnel pour éviter une double peine, non à renoncer à transformer le monde qui nous entoure.

Très concrètement, la grâce de la prière de la sérénité –qu’on appellerait acceptation dans l’ACT-, consiste à ne pas sur-réagir à nos émotions, c’est-à-dire à refreiner nos envies de nous agiter pour faire cesser immédiatement notre souffrance lorsque nous nous sentons mal (ou de nous agiter pour augmenter notre plaisir immédiatement et quelles qu’en soient les conséquences). La grâce de la prière est en fait un apprentissage d’une forme ultime du contrôle de nos comportements destinés à transformer nos émotions.

La sagesse de faire la différence.

Dans l’ACT, cette sagesse correspond à la capacité de moins s’appuyer sur ce qu’on pense et davantage s’adapter aux conséquences concrètes de nos comportements. On retrouve ici les racines de l’ACT dans la philosophie pragmatique. S’appuyer sur les conséquences concrètes des comportements est à la base de la séquence thérapeutique du désespoir créatif. En effet, c’est souvent l’expérience directe qui peut le mieux nous aider à savoir ce qu’on peut réellement changer. Ou l’inverse plus précisément : c’est notre expérience directe qui peut nous montrer que, malgré nos efforts, malgré ce qu’on pense devoir faire, il y a des pans entiers de notre existence qu’on n’est jamais vraiment parvenus à modifier, notamment pour ce qui concerne le contrôle de ces émotions que nous n’aimons pas. Nous pensons alors que devons faire en sorte que cela change, et nous oublions de faire le point : si malgré tous mes efforts je ne suis pas parvenu à contrôler ce que je n’aime pas, qu’est-ce que cela signifie ? Qui a raison entre ma pensée et les conséquences réelles de mes comportements ?

En tant que modèle comportemental, l’ACT considère que les pensées et les comportements, bien qu’ils soient très souvent liés, sont indépendants et tous deux causés par des variables contextuelles. Peut-être que la sagesse consiste à prendre avec distance nos pensées, particulièrement quand elles contredisent notre expérience de façon répétée, et à savoir parfois agir indépendamment d’elles, plus en accord avec notre expérience.

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