L’ACT vise à faire disparaître les symptômes !

Une fois n’est pas coutume, ce billet est un coup de gueule (nom di diou !). On lit trop souvent, parfois même sous la plume de praticiens et de chercheurs de l’ACT, que ce modèle thérapeutique « ne vise pas à faire disparaître les symptômes ».

Si cette affirmation était vraie, en toute logique, on serait en droit de retirer à l’ACT son statut de psychothérapie. Comment revendiquer être une psychothérapie si l’objectif n’est pas de faire disparaître les symptômes, ou à tout le moins de les faire diminuer ? Impossible…

Sauf que cette affirmation est totalement fausse ! L’ACT a bel et bien pour objectif de faire disparaître les symptômes !

L’erreur originelle provient de la délimitation du périmètre des troubles psychologiques par les approches catégorielles de type DSM et CIM (encore elles ?!). Un des problèmes est que ces approches se présentent comme uniques et exhaustives. En clair, les troubles se définiraient par les symptômes que ces classifications rassemblent, et par rien d’autre. Si un symptôme ne fait pas partie de la liste, c’est comme s’il ne représentait pas un problème et ne méritait pas un traitement. A l’inverse, tout ce qui est porté dans cette liste est considéré comme un symptôme, supposément problématique et qui refléterait une maladie. En conséquence, toute psychothérapie qui considère que les vrais problèmes psychologiques ne sont pas ceux décrits dans l’approche catégorielle sera considéré comme « ne visant pas à diminuer les symptômes ».

Le problème est que les « symptômes » décrits dans les approches catégorielles se révèlent de moins en moins… symptomatiques. On retrouve en effet souvent ces « symptômes » en dehors de tout besoin d’aide psychothérapeutique. C’est le cas de vécus comme la dépression ou l’anxiété par exemple. C’est même le cas d’expériences psychologiques qui peuvent paraître plus « pathologiques » comme le fait d’entendre des voix. Pourtant, même des expériences aussi extrêmes sont assez répandues dans la population générale (Verdoux & van Os, 2002). Ce qui ne concerne pas tout le monde n’est pas nécessairement symptomatique d’une maladie sous-jacente… Ces faits jettent un sérieux doute sur la qualification même de symptômes pour tous les signes listés par les approches catégorielles. De plus, pour parler de symptôme, encore faut-il qu’il y ait maladie, donc que le modèle médical qui prévaut encore actuellement en psychopathologie soit bien adapté à ce type de problèmes, ce qui est sérieusement remis en question également (voir cet article récent par exemple ou encore notre ouvrage sur l’approche transdiagnostique)

Revenons à l’ACT. Son postulat est que la souffrance psychologique est intrinsèque à l’expérience humaine, plus précisément, qu’elle trouve son origine dans le fait de savoir parler. Pour l’ACT, la souffrance est impliquée par la capacité à émettre des réponses sur la base de relations arbitraires entre des stimuli –c’est la définition du langage dans la théorie des cadres relationnels sur laquelle l’ACT se fonde. Pour le dire vite, dès que nous parlons, nous sommes condamnés à ressentir de la tristesse, de la colère, de l’anxiété, de la jalousie, et autres réjouissances, parce que nous sommes alors capables de regretter, de comparer, d’anticiper, de tisser des liens entre des événements qui n’en ont a priori aucun… L’expérience de ces émotions est tellement répandue qu’elle n’est pas considérée par l’ACT comme symptomatique. Et en anticipant vos questions : oui, quelle que soit l’intensité de ces émotions.

Ce qui est considéré comme symptomatique dans l’ACT est de réagir tout le temps de la même façon à ses expériences émotionnelles , à ses pensées ou à ses sensations, ce qu’on appelle la perte de flexibilité psychologique. De fait, quand on est occupé quasiment exclusivement à essayer de contrôler les expériences psychologiques qu’on ne souhaite pas avoir, on consacre moins de temps et d’énergie à agir en accord avec ce qui est important pour soi, ce qu’on appelle les actions engagées en direction des valeurs. Ces deux ensembles –perte de flexibilité psychologique et manque d’actions en direction des valeurs- constituent les réels symptômes selon l’ACT. A l’inverse, du point de vue de ce modèle thérapeutique, les symptômes décrits dans les approches catégorielles ne sont pas vraiment des symptômes. Ils sont souvent des tentatives d’évitements d’expériences émotionnelles (consommation excessive d’alcool, tentative de suicide, etc.), ou le produit d’une focalisation sur les émotions dans le but de les contrôler (attaques de panique, dépression, etc.), ou encore des expériences psychologiques courantes qui ne sont pas problématiques en elles-mêmes mais le deviennent à partir du moment où on met tout en œuvre pour s’en débarrasser (tristesse de l’humeur, anxiété, hallucinations, acouphènes, etc.). Ces comportements ne sont problématiques pour l’ACT que parce qu’ils se répètent encore et encore et, ce faisant, qu’ils prennent la place de comportements en direction des valeurs.

L’ACT a pour objectifs thérapeutiques de retrouver une flexibilité psychologique, c’est-à-dire de pouvoir choisir ses réactions face à ses émotions, ses pensées, ses sensations (et non pas de choisir ses émotions, pensées et sensations, ou leur intensité)-, et ne pas être contraint par ces événements psychologiques, pour in fine construire une vie épanouissante en agissant en direction de ce qui compte pour soi. C’est la promesse et la proposition thérapeutique de l’ACT. C’est sur ces bases que son efficacité se doit d’être évaluée.

Les choses sont donc claires : l’ACT définit ce qu’elle considère être les symptômes –perte de flexibilité et manque d’action en direction des valeurs. Elle s’attache à faire disparaître le plus possible ces symptômes. Elle ne vise pas à faire disparaître ce que les approches catégorielles qualifient de symptômes (dont la réalité en tant que symptômes reflétant des maladies reste encore à démontrer).

Merci à tou.te.s de le faire savoir et de ne plus laisser dire ou écrire que l’ACT ne vise pas à faire diminuer les symptômes! Tout au plus, si certain.e.s souhaitent conserver cette formulation, il conviendra de la compléter en écrivant « l’ACT ne vise pas à faire disparaître ce que le DSM ou la CIM appellent des symptômes » !

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