Mettre du Bowie dans sa pratique clinique

Nul doute que David Bowie était un grand artiste (bon, pas aussi bon que Pink Floyd, mais c’est pas le débat). A propos de l’acte créatif, Bowie avait comme mantra

If you’re comfortable, then you’re not doing it right

Si tu te sens à l’aise, c’est que tu ne le fais pas convenablement. Pour Bowie, l’acte créatif implique une forme d’inconfort, sans quoi le résultat n’est pas bon.

Beaucoup de collègues psychothérapeutes que je rencontre en formation ou en supervision cherchent à développer leurs compétences et leurs connaissances pour se sentir à l’aise dans leur travail. C’est particulièrement le cas pour la séquence du désespoir créatif dans l’ACT, souvent à l’origine d’un grand inconfort pour le thérapeute. Il est bien entendu nécessaire de continuer à se former tout au long de sa carrière professionnelle. Mais peut-on réellement espérer se sentir plus à l’aise ? Surtout, est-il réellement souhaitable de se sentir plus à l’aise dans sa pratique clinique ?

La phrase de Bowie semble bien s’appliquer à nos pratiques : les problèmes qu’on nous expose, les histoires de vie qu’on nous raconte, sont généralement difficiles et douloureuses. Aussi, ils font partie de ces difficultés qui ne se résolvent pas en un claquement de doigts, sans quoi les personnes qui nous sollicitent les auraient résolues sans nous il y a bien longtemps.

Il y a donc la souffrance de l’autre avec laquelle on est en contact –parfois en résonnance-, et notre propre souffrance de ne pas pouvoir l’aider rapidement et totalement, sous la forme de ce pénible syndrome de l’imposteur si fréquent apparemment dans nos professions. Comment espérer se sentir à l’aise dans ces circonstances?

S’il arrive qu’on se sente à l’aise, c’est souvent parce qu’on s’est coupé de la souffrance de l’autre, ou parce qu’on est entré dans des routines techniques qui nous éloignent d’une attention nécessaire à ce que l’autre nous rapporte, ou qu’on est passé à côté de la complexité des difficultés du patient, ou encore, même si c’est moins fréquent, qu’on se nourrit d’illusions quant au caractère définitif du modèle thérapeutique dans lequel on s’inscrit (et alors généralement on pense que c’est le patient qui n’a pas la volonté d’avancer…).

Se sentir à l’aise doit être le signal pour la thérapeute qu’elle est peut-être en train de passer à côté de quelque chose d’important de la souffrance de son patient, ou du manque de pertinence de la démarche thérapeutique mise en oeuvre. Lorsqu’on est présent avec la souffrance de l’autre et réellement concerné à l’aider à avancer avec cette souffrance, on ne se sent pas confortable.

If you’re comfortable, then you’re not doing it right!

Etre psychothérapeute implique un mouvement d’acceptation de cet inconfort.

Vous souhaitez développer votre acceptation de l’inconfort pendant le désespoir créatif, rejoignez-nous en atelier.

[Cet article intéresserait quelqu’un dans votre réseau? Partagez!]

Laisser un commentaire