Quand est-on prêt(e) à pratiquer l’ACT ?

(Spoiler alert : jamais)

Tu te sens prêt, Lorca ?

— Absolument pas…

— C’est précisément ce que j’appelle être prêt. Cet état d’incertitude fragile, ouverte, qui rend disponible à l’inconnu.

Alain Damasio, Les furtifs

C’est une donnée drôlement surprenante qu’on découvre dans l’étude de Erekson, Janis, Bailey, Cattani, & Pedersen (2017) : l’expérience et la formation des thérapeutes prédit leur confiance en eux, mais ne prédit pas leur efficacité. Leur évaluation de plus de 40 mille entretiens thérapeutiques auprès de 4047 patients montre que les thérapeutes les plus expérimentés et les plus formés n’ont pas de meilleurs résultats que les moins expérimentés.

Les auteurs attribuent ces résultats contradictoires au fait que les bénéfices apportés aux patients s’apprécient le plus souvent à moyen ou à long terme et qu’ils ne sont pas directement corrélés à la satisfaction immédiate des patients. Le manque de feedback objectif à court terme gênerait l’amélioration de la pratique clinique.

Il y a une autre façon d’interpréter ce résultat. Peut-être que la confiance en soi du thérapeute nuit en fait à l’efficacité de la thérapie.

Envisageons cette possibilité. Bien entendu, l’incertitude et le questionnement constant que nous expérimentons tou.te.s au début de notre pratique n’est pas confortable. Cependant, ils nous évitent aussi d’agir de façon automatisée, c’est à dire de suivre rigidement un certain nombre de principes -que nous avons appris d’autres ou que nous avons forgés-, au détriment d’être attentif à l’efficacité, pour chacun de nos patients, de ce que nous mettons en œuvre. Autrement dit, la confiance en soi nous éloignerait du nécessaire contact avec l’instant présent de nos patients.

Il ne s’agit pas d’envisager d’arrêter de se former ou de balayer son expérience d’un revers de manche. Ce serait stupide d’imaginer qu’on saurait une fois pour toutes ce qu’il y aurait à savoir ou qu’on n’apprendrait rien dans la rencontre avec les patients. Tant de nouvelles connaissances s’accumulent de jour en jour qu’il est difficile d’envisager de continuer à travailler comme au jour où on obtient son diplôme. Cependant, la fonction des connaissances accumulées ne doit pas être celle de la réassurance du thérapeute. Sans en faire une souffrance à cultiver, l’incertitude du thérapeute peut être envisagée comme une saine inquiétude, la même qui pousse le pilote d’avion de ligne à vérifier consciencieusement l’état de son appareil avant d’en prendre les commandes, une inquiétude qui incarne le souci de l’autre venu vous confier sa souffrance.

Allez savoir, peut-être que ce manque de confiance en soi est corrélé à une plus grande efficacité. Si c’est le cas, les formations devraient alors avoir pour but de nous apprendre à développer nos connaissances tout en gardant notre manque de confiance en nous.

Erekson, D. M., Janis, R., Bailey, R. J., Cattani, K., & Pedersen, T. R. (2017). Does training improve client outcomes? Journal of Counseling Psychology, 64, 514–524.

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